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PRESERVER LES RICHES ET FRAGILES COTES AFRICAINES {24 juillet 1998}

Maputo (Mozambique), 24 juillet {N°98-157} - Des experts et ministres de l’Environnement de 40 pays africains débattent cette semaine à Maputo des moyens de préserver leurs riches mais fragiles environnements côtiers qui hébergent l’écrasante majorité de la population du continent.

L’océanographe Patricio Bernal, Sous-Directeur général et Secrétaire exécutif de la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’UNESCO - qui coorganise la Conférence panafricaine sur la gestion intégrée des zones côtières dans une perspective durable (PACSICOM) - a expliqué ce qui fait la santé et la fragilité des zones côtières.

Pour Patricio Bernal, parmi tous les différents environnements de notre planète, les zones côtières sont les plus favorables à la production et au maintien de la vie. Des aliments riches en azote - aliments parfois amenés à la mer par les rivières - combinés avec la lumière du soleil qui pénètre les hauts-fonds de la côte et avec la présence d’eaux plutôt chaudes stimulent la production à grande échelle de micro-organismes - le phytoplancton qui est l’élément premier de la chaîne alimentaire. Alors que dans les profondeurs froides et obscures de l’océan - là où la profondeur atteint en moyenne les 4 000 mètres -, ces aliments sont peu abondants.

Près de 80% des poissons naissent dans les zones côtières, rappelle M. Bernal. L’abondante fourniture d’aliments amenés en surface par l’action des courants et du vent permet la création d’une énorme variété de formes de vie. L’essentiel de la biodiversité de la planète se trouve dans les zones côtières. Et les conditions règnant le long des côtes sont particulièrement favorables à l’épanouissement de la vie humaine. « Sur la côte, les variations de température sont moins prononcées, aussi le climat est-il plus tempéré, la capacité de rétention de chaleur de la terre est bien moindre que celle - très élevée - de l’eau. En tant que solide, la terre se réchauffe et se refroidit très rapidement, au rythme du cycle jour/nuit, alors que l’océan conserve la chaleur absorbée durant le jour et la relâche lentement. Les eaux côtières fournissent de l’air froid pendant la journée et de l’air chaud pendant la nuit », a souligné Patricio Bernal.

« Les anthropologues ont montré que des populations se sont établies très tôt sur les côtes, a poursuivi M. Bernal, car la nourriture y était d’accès facile, rien qu’en ramassant les algues marines, les crabes et les crustacés, ou en réalisant des pièges à poissons, sans même avoir recours à la technologie pour construire des bateaux ». Des études récentes au Chili -dont Patricio Bernal est originaire - ont montré que « en période de récession économique, les gens se déplacent vers les côtes car ils peuvent s’y maintenir grâce à une économie informelle de subsistance. La survie y est plus facile ».

Mais la riche écologie côtière est à la fois complexe et fragile. « Il y a des signes importants - bien que parfois invisibles - de l’intervention humaine dans la diversité des côtes », ajoute Patricio Bernal. Des études prouvent que même des changements minimes dans la population prédatrice occupant le sommet de la chaîne alimentaire peuvent avoir des conséquences dramatiques sur toute l’écologie. « Même les gens qui arpentent les plages à la recherche d’étoiles de mer peuvent avoir une influence », a-t-il averti.

Mais aujourd’hui, « les hommes sont si nombreux à habiter sur les côtes qu’ils ont un énorme impact ». A l’échelle mondiale, près des deux-tiers de la population vivent à moins de 60 km d’une côte. En Afrique, la proportion est encore plus élevée et elle s’accroît toujours.

Les implantations humaines le long des côtes peuvent avoir des effets négatifs directs - tel le déversement dans la mer des égouts des villes - mais elles peuvent en avoir d’autres beaucoup plus subtiles. Le sable de nos plages est produit par l’action de la pluie et des rivières sur les roches des montagnes à plusieurs centaines de kilomètres à l’intérieur des terres. « Le sable n’est pas produit sur la côte. C’est pourquoi une plage disparaîtra en quelques années si l’on construit un barrage sur la rivière qui s’y jette. Si les plages ne sont pas constamment regarnies, elles disparaissent. Elles n’ont rien de stable », a précisé Patricio Bernal.

Pour l’océanographe chilien, l’activité humaine cause bien d’autres dommages. Le coût de la disparition de forêts de mangroves, abattues pour les besoins de l’aquaculture, peut finalement s’avérer bien plus élevé que les bénéfices à court terme, par exemple ceux d’un élevage de crevettes. Barrières naturelles contre l’érosion, les mangroves sont aussi des viviers pour certaines espèces de poissons. Les engrais solubles produits de façon industrielle et utilisés par l’agriculture de l’intérieur des terres peuvent se retrouver à un haut degré de concentration dans les rivières et provoquer la prolifération d’algues nuisibles tout le long de la côte.

Le développement durable des zones côtières est particulièrement fondamental pour l’Afrique et ses 36 343 km de côtes. Les économies de 38 des 53 pays africains dépendent énormément des ressources marines, qu’il s’agisse des gisements de pétrole offshore au Nigeria et en Angola, du diamant namibien, des pêcheries des côtes d’Afrique de l’Ouest ou du tourisme le long des côtes d’Afrique de l’Est.

La prévention des dommages qui menacent les côtes est au coeur de la réunion des ministres africains de l’Environnement qui se terminera le 25 juillet avec l’adoption d’un Plan d’action pour un développement durable coordonné des zones côtières africaines. Les ministres signeront également une Déclaration de Maputo, par laquelle ils s’engagent à poursuivre leurs échanges interministériels sur l’environnement côtier.

PACSICOM est organisée conjointement par le gouvernement du Mozambique, l’UNESCO, le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le gouvernement finlandais. Pour Matti Pertilla, de l’Institut finlandais de recherche marine et membre du comité de coordination de PACSICOM, un des objectifs les plus ambitieux de la réunion des ministres est de parvenir à un « ferme engagement politique afin de créer des mécanismes institutionnels et régulateurs cohérents, visant à maintenir un développement durable ».

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